dimanche 25 avril 2010

GLASGOW

Samedi après-midi sur Brown Street




Samedi soir au 253 Argyle Street (Fuck Buttons)

mardi 6 avril 2010

ROYAL BOTANIC GARDEN

Ne plus vivre que dans des villes où l’on peut s’abriter dans un jardin botanique.


samedi 20 mars 2010

2 BLENHEIM PLACE

Adresse de la branche la plus proche de la Royal Bank of Scotland. Façade de l’avant-dernier siècle, arrondie, rassurante. Cette banque se trouve à un carrefour qui voit débuter Leith Walk, longue rue faisant quitter l’Edimbourg touristique pour plonger vers une réalité sociale un peu plus complexe, finir Royal Terrace, large croissant d’immeubles cossus adossés à un parc surplombant la ville, s’ouvrir Leith Street, centre commercial étiré, garni de bureaux, de cinémas et de restaurants, et s’incurver London Road, celle-là même qui conduit à Portobello. Les fenêtres de l’établissement sont anciennes et les bordures ont été peintes en blanc avec une peinture grasse et crémeuse qui fait chaud au cœur. Je viens déposer un chèque. L’établissement est désert.

Après une ouverture de compte assez facile, la seule complication venant des lèvres que le conseiller financier s’obstinait à ne pas bouger en parlant avec un fort accent, l’activation de la carte de débit s’est avérée plus pénible avec une multitude de courriers, d’instructions, de languettes à gratter puis à placer sur une surface blanche afin de déchiffrer un code secret pâle et frêle.

Moment choisi : la configuration du compte en ligne. Décider d’un code secret à 4 chiffres et d’un mot de passe comprenant lettres et chiffres. Bon. J’obtempère, m’enregistre, me déconnecte et me reconnecte pour tester l’accés à ce compte. Surprise, on me demande d’abord ma date de naissance (6 chiffres faciles) suivie de mon numéro de client (5 chiffres qui se trouvent sur l’un des nombreux courriers). Puis on me demande le 2ème, le 4ème et le 1er chiffre de mon code secret. Léger agacement. Mais pas au bout de la manœuvre : il me faut rentrer les 5ème, 6ème et 9ème caractères de mon mot de passe. Hum, compter sur les doigts ? Visualiser dans l’espace ce mot de passe. Je n’y arrive pas. Il faut l’écrire, le chuchoter, compter sur ses doigts, compter en l’air… Une certaine idée flottante de la sécurité.




Ce matin, pour arriver à la banque, j’ai remonté London Road et longé une coulée herbeuse recouverte de fleurs violettes, mauves et blanches. Tons vifs plastique, on les auraient crues posées là par une grand-mère méticuleuse. Le contraste avec l’herbe grise éprouvée par l’hiver et les chiens était un peu sinistre. En été ce parc est très vert, à l’ombre d’arbres épais, et l’on y croise des japonaises en chapeaux et collants blancs.

mercredi 17 février 2010

mardi 16 février 2010

FROM WAVERLEY PARK TERRACE TO WAVERLEY PARK TERRACE VIA BRUNTSFIELD

Il fait froid aujourd’hui, un froid cristallin qui rend toutes les choses plus précises, plus aïgues.

Départ de l’appartement sans idée de l’endroit où j’ai envie d’aller. Par habitude (eh oui déjà), je prends la direction de la résidence estivale de la Reine et je m’engage dans la Royal Mile - longue rue pavée qui remonte vers le château et jalonnée de boutiques pour touristes, de pubs plus ou moins authentiques, de rabatteurs pré-pubères pour les visites des lieux hantés d’Edimbourg. Cette rue fait donc 1 mile (1,609 km) mais elle semble bien plus longue, la faute sans doute aux réjouissances pré-cités et peut-être au fait qu’elle monte lentement mais sûrement. Rien d’intéressant, je bifurque dès que cela est possible, ce qui m’a déjà obligée à en gravir un quart car les perpendiculaires de secours sont rares.

Je me retrouve sur Nicholson Street. La proximité des universités rend les tenues croisées très pointues mais parfois d’un goût douteux. Nicholson Street : rue des cafés, des librairies et/ou bouquinistes, des Cash Converters mais surtout des charity shops. Concept qui est arrivé en France il y a peu. Chaque cause ou chaque fondation possède sa boutique voire sa chaîne de boutiques. Emmaüs mais avec pignon sur rue. Certains viennent se débarrasser de leur jean neige taille haute tandis qu’une fashion victim zieute le vêtement en question et se réjouit à l’idée de n’avoir à débourser que quelques pounds pour le pendre dans son dressing.
Achats chez Oxfam :
- un roman américain en français de Chad Taylor Shirker dans la toujours constante collection domaine étranger de 10/18. Il n’y avait que trois livres en français en rayon : Pantagruel, un bouquin de Sagan et celui-ci. Je n’ai emporté dans mes valises que deux livres, préférant dans un moment d’égarement prendre des pulls. La route de Cormac Mc Carthy (non, non tout va très bien, je vous rassure) et Paris, musée du 21ème siècle - le 10ème arrondissement de Thomas Clerc. J’ai terminé le premier le lendemain de notre arrivée et, l’ayant déjà lu et relu, je connais le 2nd par cœur (ça reste un plaisir). Côté lecture en anglais j’ai placé la barre très (trop) haut et me suis plongée il y a peu dans Infinite Jest de David Foster Wallace, à ce jour malheureusement toujours non traduit en français. 1079 pages qui promettent d’être incroyables et intenses. 1079 pages, à raison de 4 à 9 pauses dictionnaire par page, de plusieurs relectures de certains paragraphes (une en silence, une à voix basse, à nouveau une en silence…), qui risquent de me tenir chaud pendant très très longtemps. Bref ces différents paramètres conduisant à un besoin certain lignes en français.
- le dvd de Miami Vice (le crépusculaire, celui de 2006) qui indique un étrange « 2,5 » dans ligne renseignant la zone.

Nicholson Street se transforme en Clerk Street. Un bâtiment incroyable et à vendre mérite une photo. Je suis sortie sans appareil.

Le centre-ville s’éloigne, Clerk Street cède la place à Minto Street qui descend en pente douce vers le sud et des quartiers résidentiels encore non explorés.

Bifurcation en direction des Meadows, grand parc où l’on peut jouer au golf à côté d’un terrain de jeux pour les enfants (peut-être utilisent-ils des balles en mousse ?) et qui borde au nord différents bâtiments universitaires. Le soir, en été, les Meadows se recouvrent de piques-niques, de jeux de balles et de musique. Au sud, un quartier fin 19ème aux rues arrondies, Marchmont. Beaucoup d’appartements vides, beaucoup d’immeubles laissés un peu à l’abandon et pourtant toujours une dignité même dans la décrépitude. Ah le 19ème siècle… Je dépasse un groupe de personnes âgées chinoises qui parlent très fort, interloquant, mais je n'arrive pas à saisir à quel degré, les trois passants qui croisent leur route.

Arrivée sur Bruntsfield Place, rue qui traverse un quartier éponyme. Je m’arrête devant une boutique de belles chaussures qui se prénomme Oh ! Ruby Shoes ! Ca n’a pas vraiment d’intérêt mais j’ai envie de m’en souvenir. Plus loin, un petit café, Chocolate Tree, où j’assiste à une scène de drague assez drôle. Deux étudiantes, (polonaises ? ) dont l’une ressemble à Uma Thurman (surtout le nez) discutent avec un étudiant écossais de leur connaissance. Il soliloque, à cela on reconnaît le séducteur en marche. Il leur raconte la retraite qu’il vient d’effectuer dans un monastère boudhiste et cherche à les impressionner en leur expliquant son projet d’aller en Australie à vélo, en passant par la Russie et le Japon. En Russie, leur dit-il, avec beaucoup de sérieux, il suivra le trajet du transsibérien. Il a grillé ses cartes sur ce coup-là. Elles éclatent de rire.

L’après-midi glisse. Reprendre la direction de l’appartement. Pour ne pas marcher sur mes anciennes traces, aller vers Holyrood.

Salisbury Place, une odeur d’ail et de poissons mélangés flotte dans l’air. Pas de restaurant à l’horizon. Image olfactive de Hong Kong en tête, je dépasse la Royal Commonwealth Pool, un endroit qui ne me verra jamais en maillot de bain. Les collines d’Holyrood se rapprochent. Cet angle-ci est tellement différent de celui de notre fenêtre. Je grimpe et j’emprunte, ça ne s’invente pas, la Radical Road, entrelacement de sentiers glissants de boue. Mes chères bottes du siècle dernier ont les semelles lisses. Je patine sur l’arrête de Salisbury Crags (photo / nom de la colline allongée se trouvant au pied d’Arthur’s Seat) puis redescends.



Idée stupide à Recreation Grounds : commencer une collection de bâtons oubliés par les chiens ou leurs maîtres.

Pour la première fois la serrure ne me résiste pas.

samedi 13 février 2010

95 HAYMARKET TERRACE

Hier, rendez-vous au 95 Haymarket Terrace avec l’administration britannique. Identity and Passport Office. J’ai eu le poste au Scottish Documentary Institute, je n’en reviens toujours pas. Il faut donc que je m’inscrive pour obtenir un National Insurance Number, seule formalité indispensable pour que je puisse commencer à travailler en Grande-Bretagne. Toute personne ayant goûté aux joies des démarches auprès de la Sécurité Sociale en France peut comprendre la petite boule d’anxiété nichée au creux de mon estomac tandis que je marchais sur Haymarket Terrace, succession d’immeubles de bureaux impersonnels.
N°95, façade aux vitres fumées, les ravages architecturaux du début des années 90. Le sms que l’on m’a envoyé pour confirmer mon rdv indique le 1er étage. Couloir avec moquette épaisse, caméras de surveillance, porte à interphone. « I have an appointment ». Tout respire le Département d’Etat à l’américaine. Je suis en avance par habitude et non par calcul. La porte s’ouvre : je suis accueillie par Lust For Life et par un sourire d’un employé en chemise parme. Après deux questions d’usage et la prise en charge de mon passeport, l’employé m’indique que l’attente ne sera pas longue. Je lui fais remarquer que la musique est surprenante et bonne. Il me répond que sans ça ce serait la mort. Les caméras de surveillance n’enregistrent pas le son mais elles ne peuvent pas ne pas le voir se trémousser sur du Iggy Pop. Quelle humanité au Home Office. Je m’installe dans un fauteuil. Pas une fenêtre, des affiches souriantes et multi-ethniques sur les formalités à accomplir pour travailler en toute sérénité. Un jeune russe patibulaire et une italienne attendent leur immatriculation.

Lust For Life se termine. A ce moment, incroyable surprise, les premières mesures de la bande originale de Twin Peaks se mettent à résonner dans la pièce. Je tourne la tête vers l’employé de l’accueil juste à temps pour le voir fermer les yeux et savourer la musique. Où suis-je ?

L’entretien et les formalités ont pris une quinzaine de minute. Le conseiller qui s’occupe de mon dossier a un flamboyant tatouage sur le biceps, un paon en couleurs. Il porte une chemise à manches courtes, parme. Choix chromatique pour l’uniforme : parme donc. Je me trouve dans une dimension parallèle, quelque part entre Lynch, le catalogue de la Redoute (qui comporte à mon avis le plus d’occurrences du mot « parme ») et une publicité pour la gentillesse du peuple écossais.

Pendant ces quinze minutes, l’ipod de l’employé à l’accueil est passé d’Underworld (bande originale de Trainspotting… ah je les y prends, un peu de nationalisme tout de même) à Born To Be Wild, en passant par du Dylan…

Je sors , non sans avoir, chaleureusement et avec un peu trop d’insistance, remercié mes hôtes. Un numéro me sera attribué dans deux semaines.

Je vis ici.

PORTOBELLO

« Edinburgh but not quite Edinburgh »
Portobello est un quartier lointain (toutes proportions gardées). LA plage d’Edimbourg. A 3 miles du centre ville, on y accède en suivant London Road, en longeant des quartiers résidentiels un peu mornes, un peu déglingués, des magasins de bricolage ou de surgelés.

Tout donne l’impression que la ville se relâche, perd de sa superbe. Petit air de bout du monde qui me rappelle intensément l’arrivée à Coney Island et les quartiers du sud de Brooklyn. Portobello Road vient prendre le relais de London Road. Ce n’est pas le symptôme d’une frustration quelconque mais souvent ici des détails me font penser à New York, juste un air de ressemblance anglosaxonne je suppose mais troublant parfois.

La mer approche. Il est 13 :15 et pourtant la lumière est celle d’une fin d’après-midi d’automne.




Le front de mer est désert. Au début de la promenade, quelques restaurants clinquants, un parc d’attraction en forme de château, des petites immeubles années 50. Puis des maisons modestes, des façades blanches ou grises vérolées, des jardinets à l’abandon, des terrains vagues. Il faut marcher une bonne dizaine de minutes avant de longer des maisons plus bourgeoises dont les bow windows (sans rideaux) offrent des vues imprenables sur des pianos cirés, des bibliothèques figées, des bouquets fraîchement commandés. On y a renoncé à lutter contre les attaques du sel, du sable, du vent à l’extérieur, laissant l’herbe des jardins pousser, longue et grise, se dispensant de couper les boules fanées des hortensias. Mais l’intérieur ne souffre pas un brin de poussière, pas une asymétrie. Un peu plus loin, l’immobilier s’appauvrit à nouveau et la promenade s’achève sur une série de petites maisons, identiques, collées les unes aux autres, dont le seul choix de personnalisation laissé aux propriétaires est la couleur de façade.

J’imagine l’été sur ce front de mer, les bruits, les couleurs. Peut-être que Martin Parr pourrait y avoir sa résidence secondaire.

Enchaînement sur la rue principale de Portobello, parallèle à la promenade du front de mer, qui alterne petits commerces et immeubles bas sur sa gauche, résidences secondaires, bed & breakfast et résidences principales gothico-victoriennes sur sa droite. Les attributs prévisibles de la station balnéaire somme toute. Mais j’ai l’impression de m’être enfoncée très loin dans l’ailleurs.

Retour en bus, détours par d’autres quartiers résidentiels encore, assez sinistres. Edimbourg est plus étendue qu’il n’y paraît.