Il fait froid aujourd’hui, un froid cristallin qui rend toutes les choses plus précises, plus aïgues.
Départ de l’appartement sans idée de l’endroit où j’ai envie d’aller. Par habitude (eh oui déjà), je prends la direction de la résidence estivale de la Reine et je m’engage dans la Royal Mile - longue rue pavée qui remonte vers le château et jalonnée de boutiques pour touristes, de pubs plus ou moins authentiques, de rabatteurs pré-pubères pour les visites des lieux hantés d’Edimbourg. Cette rue fait donc 1 mile (1,609 km) mais elle semble bien plus longue, la faute sans doute aux réjouissances pré-cités et peut-être au fait qu’elle monte lentement mais sûrement. Rien d’intéressant, je bifurque dès que cela est possible, ce qui m’a déjà obligée à en gravir un quart car les perpendiculaires de secours sont rares.
Je me retrouve sur Nicholson Street. La proximité des universités rend les tenues croisées très pointues mais parfois d’un goût douteux. Nicholson Street : rue des cafés, des librairies et/ou bouquinistes, des Cash Converters mais surtout des charity shops. Concept qui est arrivé en France il y a peu. Chaque cause ou chaque fondation possède sa boutique voire sa chaîne de boutiques. Emmaüs mais avec pignon sur rue. Certains viennent se débarrasser de leur jean neige taille haute tandis qu’une fashion victim zieute le vêtement en question et se réjouit à l’idée de n’avoir à débourser que quelques pounds pour le pendre dans son dressing.
Achats chez Oxfam :
- un roman américain en français de Chad Taylor Shirker dans la toujours constante collection domaine étranger de 10/18. Il n’y avait que trois livres en français en rayon : Pantagruel, un bouquin de Sagan et celui-ci. Je n’ai emporté dans mes valises que deux livres, préférant dans un moment d’égarement prendre des pulls. La route de Cormac Mc Carthy (non, non tout va très bien, je vous rassure) et Paris, musée du 21ème siècle - le 10ème arrondissement de Thomas Clerc. J’ai terminé le premier le lendemain de notre arrivée et, l’ayant déjà lu et relu, je connais le 2nd par cœur (ça reste un plaisir). Côté lecture en anglais j’ai placé la barre très (trop) haut et me suis plongée il y a peu dans Infinite Jest de David Foster Wallace, à ce jour malheureusement toujours non traduit en français. 1079 pages qui promettent d’être incroyables et intenses. 1079 pages, à raison de 4 à 9 pauses dictionnaire par page, de plusieurs relectures de certains paragraphes (une en silence, une à voix basse, à nouveau une en silence…), qui risquent de me tenir chaud pendant très très longtemps. Bref ces différents paramètres conduisant à un besoin certain lignes en français.
- le dvd de Miami Vice (le crépusculaire, celui de 2006) qui indique un étrange « 2,5 » dans ligne renseignant la zone.
Nicholson Street se transforme en Clerk Street. Un bâtiment incroyable et à vendre mérite une photo. Je suis sortie sans appareil.
Le centre-ville s’éloigne, Clerk Street cède la place à Minto Street qui descend en pente douce vers le sud et des quartiers résidentiels encore non explorés.
Bifurcation en direction des Meadows, grand parc où l’on peut jouer au golf à côté d’un terrain de jeux pour les enfants (peut-être utilisent-ils des balles en mousse ?) et qui borde au nord différents bâtiments universitaires. Le soir, en été, les Meadows se recouvrent de piques-niques, de jeux de balles et de musique. Au sud, un quartier fin 19ème aux rues arrondies, Marchmont. Beaucoup d’appartements vides, beaucoup d’immeubles laissés un peu à l’abandon et pourtant toujours une dignité même dans la décrépitude. Ah le 19ème siècle… Je dépasse un groupe de personnes âgées chinoises qui parlent très fort, interloquant, mais je n'arrive pas à saisir à quel degré, les trois passants qui croisent leur route.
Arrivée sur Bruntsfield Place, rue qui traverse un quartier éponyme. Je m’arrête devant une boutique de belles chaussures qui se prénomme Oh ! Ruby Shoes ! Ca n’a pas vraiment d’intérêt mais j’ai envie de m’en souvenir. Plus loin, un petit café, Chocolate Tree, où j’assiste à une scène de drague assez drôle. Deux étudiantes, (polonaises ? ) dont l’une ressemble à Uma Thurman (surtout le nez) discutent avec un étudiant écossais de leur connaissance. Il soliloque, à cela on reconnaît le séducteur en marche. Il leur raconte la retraite qu’il vient d’effectuer dans un monastère boudhiste et cherche à les impressionner en leur expliquant son projet d’aller en Australie à vélo, en passant par la Russie et le Japon. En Russie, leur dit-il, avec beaucoup de sérieux, il suivra le trajet du transsibérien. Il a grillé ses cartes sur ce coup-là. Elles éclatent de rire.
L’après-midi glisse. Reprendre la direction de l’appartement. Pour ne pas marcher sur mes anciennes traces, aller vers Holyrood.
Salisbury Place, une odeur d’ail et de poissons mélangés flotte dans l’air. Pas de restaurant à l’horizon. Image olfactive de Hong Kong en tête, je dépasse la Royal Commonwealth Pool, un endroit qui ne me verra jamais en maillot de bain. Les collines d’Holyrood se rapprochent. Cet angle-ci est tellement différent de celui de notre fenêtre. Je grimpe et j’emprunte, ça ne s’invente pas, la Radical Road, entrelacement de sentiers glissants de boue. Mes chères bottes du siècle dernier ont les semelles lisses. Je patine sur l’arrête de Salisbury Crags (photo / nom de la colline allongée se trouvant au pied d’Arthur’s Seat) puis redescends.

Idée stupide à Recreation Grounds : commencer une collection de bâtons oubliés par les chiens ou leurs maîtres.
Pour la première fois la serrure ne me résiste pas.