lundi 8 février 2010

RECREATION GROUNDS - HOLYROOD

Notre appartement est traversant. Parquet au sol. Des portes partout où le regard se pose. Quand on quitte la fenêtre sans rideaux de la cuisine donnant sur Waverly Park Terrace et que l’on prend vers le sud (et oui l’appartement est assez grand pour que l’usage des points cardinaux soit pertinent) on arrive dans le salon, devant une fenêtre, devant un paysage que nul volet ne vient gâcher : Holyrood Park.

Holyrood Park n’est pas un simple parc. C’est un large iceberg vert et volcanique.

1er plan du tableau de notre fenêtre : les jardins communs. Une bande large d’une dizaine de mètres courant au pied des façades, gazon, fils à linge, buissons, crocus. Découpée en tranches irrégulières, une par immeuble, chaque tranche séparée de sa voisine par des grilles en fer forgé. Le jardin du 6 Waverley Park Terrace est le seul ne possédant pas de fil à linge. Il est triangulaire, proue de bateau avec un petit banc à sa pointe.
Private joke : dans le jardin contigu, une dame intranquille, ressemblant étrangement à une réalisatrice de documentaires sur les marmottes que j’ai connue, nourrit scrupuleusement les oiseaux, déverse des sachets de graines et de miettes le long des plate-bandes et sur les chaises en plastique blanc.
Ses habitués sont gras : pigeons boudinés dans leur plumage, moineaux rondouillards. Seuls les merles gardent la ligne. Le noir amincit. Quelques chats dilettantes croisent prudemment dans ces jardins, bondissent parfois au ralenti sur un pigeon comme d’autres font leur jogging, moyennement convaincus.

2ème plan : Recreation Grounds. La nature se débarrasse progressivement de la ville. Il s’agit d’une immense pelouse, en arc-de-cercle, régulière. Un panneau indique que la pratique du golf y est interdite. Tout le reste est autorisé : rugby (l’équipe féminine de France de rugby est venue s’y entraîner la semaine dernière), football, promenades philosophico-digestives, vélos, chiens.
Théorie : le chien est ici roi car il garantit trois vrais grands moments de solitude par jour. Pour preuve, on y promène toujours son chien seul, longuement, refusant la routine des sentiers de terre, préférant aller là où la baballe nous porte. Les échanges avec les autres propriétaires de chiens sont polis mais brefs. Les maîtres ordonnent rapidement le repli. Le chien est aimé et ce que l’on aime le plus en lui c’est l’affirmation sans cesse renouvelée de son indépendance ( à soi of course, le doute n’est pas permis vue le degré d’asservissement canin ).
On imagine la publicité : Où vas-tu chéri ? L’homme a mis son manteau. Nez froncé de sa femme. Je vais acheter le journal. D’accord mais fais vite et prends aussi de la lessive. Cut. Brouhaha de la rue, néon du supermarché, frissons.
Retour au début de la scène. Où vas-tu chéri ? L’homme a mis son manteau et fais signe au chien qui frétille à ses pieds de se calmer un peu. Cut. L’homme et son chien dans l’immensité herbeuse, le soleil perce les nuages de rayons couleur miel.
Private joke : Don Draper devrait sortir le sien plus souvent.

3ème plan : Holyrood. La ville est un souvenir silencieux. Une fois franchie Queen’s drive, route qui délimite la fin des recreation grounds et le début de l’iceberg, on se trouve tout contre Arthur’s Seat (ancien volcan – 251 mètres) et ses collines. Population en cette saison : lièvres et lapins, perdrix, touristes mouillés et pas très bien équipés, propriétaires de chiens avec un supplément de temps libre, athlètes au souffle long ultra équipés, écoliers en sortie pédagogique. Ce lieu est beau, inspirant, impressionnant. Il ne se laisse pas photographier facilement et je ne me sens pas armée aujourd’hui pour le décrire.

Si je tourne la tête sur la droite, je peux voir un bout de mur haut et sombre, une petite baraque préfabriquée : les abords de Holyrood Palace, résidence royale où la Reine dépose ses valises chaque juillet. Derrière, plus loin encore, hors du champ de la fenêtre, le parlement écossais inauguré en 2004 et un eco musée, insecte blanc et hérissé, dédié à Mother Earth. L’intérêt architectural de ces deux bâtiments reste à confirmer. Peut-être que l’habitude leur confèrera une sorte d’aura attachante faute de mieux, faute de style.

Le bord de la fenêtre et le bord de l’immeuble m’empêchent de regarder sur la gauche. (Photo db)

1 commentaire:

  1. comm ... pas comm ...
    une vraie blogueuse sachant bloguer doit être commentée !
    euh vous avez un c h i e n ???

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